dimanche 12 janvier 2014

Plus de 300 ans
après sa naissance,
François de la Rochefoucauld
retrouve son berceau,
le château de Montendre

Etonnante histoire que celle que vient de vivre la ville de Montendre en retrouvant l’un de ses lointains ancêtres huguenots qui vivait avant la Révolution et émigra, victime de la révocation de l’Édit de Nantes. Sa plaque tombale, qui se trouvait en l’abbaye de Westminster à Londres, est désormais visible devant la Tour carrée. Son retour a eu lieu en grande pompe samedi dernier en présence de la famille de La Rochefoucauld, du très révérend John Hall, doyen de l’abbaye de Westminster et de nombreuses personnalités dont Dominique Bussereau, Claude Belot et le sous-préfet Jean-Philippe Aurignac. 

Surgissant des brumes du passé, François de La Rochefoucauld, né en 1672 à Montendre, revient sur le devant de la scène. Il pourrait inspirer le prochain roman de Judith Rapet ! Bernard Lalande, maire de Montendre, n’en est toujours pas revenu. Les faits se sont succédé de telle sorte que tout a été limpide, transparent, comme si les mânes de ce personnage, victime de la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, avaient quelque chose à raconter. En mai  2012, quand Bernard Lalande reçut la visite d’Armand de la Rochefoucauld, dont une branche familiale occupa le château de Montendre jusqu’à la Révolution, il ignorait le but de sa visite. En terre radicale et humaniste, les blasons appartiennent à ce que l’on appelle officiellement l’Ancien Régime.

La conversation gravita autour de François de La Rochefoucauld. Lointain parent d’Armand de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, il avait connu un fabuleux destin. Cadet, il avait d’abord été prêtre catholique avant de se convertir au protestantisme, ce qui l’obligea à partir vers d’autres cieux. Il rejoignit alors l’Angleterre et s’engagea dans l‘armée à condition de ne pas avoir à porter les armes contre les Français, condition qui fut respectée. Il mit tant de zèle dans sa mission qu’il gravit les échelons militaires, combattant en Espagne, aux Pays-Bas et jusqu’en Bulgarie dans la guerre de succession d’Espagne. Il termina sa carrière comme Master General of the Ordnance, sans oublier d’autres gratifications. Nommé Maréchal de Grande-Bretagne en 1739, il fut inhumé dans l’Abbaye de Westminster, près d‘éminents monarques dont Édouard et Henri V. Une plaque fut gravée en hommage à cet homme au destin singulier qui mourut sans descendance.

Les ans passèrent jusqu’au jour où Armand de La Rochefoucauld entreprit des recherches sur ses origines. À Londres, il retrouva la trace de François dont la sépulture était en bien mauvais état. Altérée par le temps, les lettres dans la pierre étaient devenues illisibles. Après s’être entretenu avec John Hall, doyen de l’Abbaye de Westminster, une idée germa : la plaque actuelle serait remplacée par une nouvelle financée par la mairie de Montendre, tandis que l’ancienne retournerait à sa terre natale, c’est-à-dire en Saintonge. Cet acte scellerait l’amitié entre l’Abbaye de Westminster et Montendre. Ainsi fut fait. Une nouvelle pierre fut inaugurée le 13 janvier dernier à Londres en présence de l’ambassadeur de France et des représentants de la hiérarchie militaire britannique.

Proche de la Reine d’Angleterre, le très révérend John Hall en visite à Montendre 

 L’ancienne pierre tombale traversa la Manche et arriva dans la cité des pins où une place a été aménagée pour la recevoir devant le donjon. Samedi dernier, Montendre a vécu un moment « historique » ! Au pied du château, de nombreuses personnalités s’étaient donné rendez-vous. La plus emblématique était sans doute John Hall, doyen de l’Abbaye de Westminster. Haute stature, de rouge vêtu, sourire aux lèvres aux côtés de son homologue saintongeais, le père Mallard qui avait certes l’habit moins chatoyant, mais semblait tout aussi heureux de l’événement.
Oyez braves gens et rappelez-vous ce moment baptisé « dedication of a new mémorial stone to François de La Rochefoucauld » (inauguration d’une nouvelle stèle en mémoire de François de la Rochefoucauld).


C’est à l’épouse d’Armand de La Rochefoucauld que revint l’honneur de couper le ruban tricolore, sous le regard complice des élus qui accomplissent généralement ce geste républicain, Dominique Bussereau, président du Conseil général, Jean-Philippe Aurignac, sous-préfet, Claude Belot, sénateur maire de Jonzac, Bernard Lalande, Francis Savin, Bernard Louis Joseph, Chantal Guimberteau, Alain Galteau, Thierry Jullien, conseillers généraux, Claude Augier, le conseil municipal de Montendre et tous ceux qui souhaitaient vivre cet instant particulier, immortalisé par la Lyre montendraise que dirige Hervé Sardin.

La Lyre montendraise
De gauche à droite, Armand de La Rochefoucauld, Dominique Bussereau, Claude Belot, Claude Augier, Mme de la Rochefoucauld, Bernard Lalande et le Père Mallard
L’amitié franco-britannique 

Le très révérend John Hall présenta tout d’abord l’Abbaye de Westminster, imposant monument gothique construit sous le règne d’Henri III, où reposent dix-sept monarques. Un véritable trésor dont les tombes constituent un ensemble unique. « Il réunit le plus grand nombre de gisants du Royaume-Uni » souligna t-il. Il rendit hommage à François de La Rochefoucauld qui combattit aux côtés de son ami le comte de Galway au début du XVIIIe siècle. Colonel du régiment de Dungannon, il devint chef d’état-major de toutes les armées avant d’être promu en 1739 Field Marshal. Le très révérend John Hall et le père Mallard prièrent en souvenir de François, celui par qui cette union religieuse, que l’on peut considérer comme un signe fort, a été réalisée. Tous deux prononcèrent un Notre Père qui émut les cœurs.

John Hall, doyen de l'Abbaye de Westminster, bénit la plaque de François de La Rochefoucauld

Le public réuni devant le château de Montendre

Quelles que soient les convictions religieuses des participants, il est évident que cette rencontre a marqué les esprits. François de La Rochefoucauld, de son éternité, peut être fier d’avoir réuni les représentants des religions anglicane et catholique autour de sa mémoire.

Une aventure incroyable 

Dans son discours, Bernard Lalande évoqua les grands moments de cette « aventure incroyable ». Des projets résulteront de cette cérémonie et un aménagement du château (plutôt de la Tour carrée puisque la demeure porte les stigmates des ans) où naquit François, est envisagé.
Dans le passé, Montendre a d’ailleurs été anglaise : chevaliers français et anglais s’y affrontèrent en un combat remarquable durant la guerre de cent ans (1402) !
«  Il faut prendre le temps d‘écouter les pierres  » enchaîna Claude Belot : selon l’endroit où l’on se trouve, elles témoignent d’une époque, d’un bâtisseur. «  Au début, je pensais que François de La Rochefoucauld avait eu des problèmes avec son voisin jonzacais, Bouchard d’Esparbès de Lussan d’Aubeterre. Ce n’était pas du tout ça ! Ce jeune homme a quitté la France à 20 ans. Ici, nous sommes dans une région protestante et comme beaucoup d’autres, il a été obligé d’émigrer. Si la révocation de l’Édit de Nantes a sans doute été une erreur, elle a permis à des Français de s’installer de par le monde et finalement, ils ont participé à leur façon à la mondialisation !  ».
Dominique Bussereau, quant à lui, fit un clin d’œil à l’écrivain Jean-Marc Soyez qui publia "Quand les Anglais vendangeaient l’Aquitaine ". Par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, Henni II Plantagenêt hérita du grand Sud-Ouest et nous devînmes anglais ! Jeanne d’Arc finit par les bouter hors de France. Frères ennemis, les Anglais et les Français se réconcilièrent et c’est tout naturellement qu’ils furent alliés lors de la Seconde Guerre mondiale.


Le sous-préfet Jean-Philippe Aurignac vit en cette inauguration trois messages : la réconciliation, la tolérance et l’amitié franco-britannique.


• Le Très Révérend John Hall a été installé en tant que 38e doyen de Westminster le 2 décembre 2006. Il a été ordonné prêtre en 1975 et a servi successivement dans les paroisses en Kennington, Wimbledon et Streatham dans le diocèse de Southwark. Comme doyen de Westminster, il préside les gouverneurs de la Westminster School et Westminster Abbey Choir School. Il est docteur en théologie.
John Hall est aussi à l’aise avec la Reine d’Angleterre Elisabeth II (à qui il se réfère directement et non pas à l’évêque de Londres, ni l’archevêque de Cantorbéry), qu’à Montendre, au cœur de la Saintonge boisée. Imposant le respect et la sympathie, il a laissé un excellent souvenir à ceux qui l’ont rencontré et ce n’est pas le père Mallard qui nous contredira !

•  La plaque porte l’inscription suivante : François de La Rochefoucauld, marquis de Montendre, 1672-1739, Field Marshal of Great Britain. La nouvelle pierre tombale a été exécutée par les frères Labrouche et le tailleur Stéphane Michel.

•  Sur la plateforme qui surplombe Montendre, figurent les directions de plusieurs destinations dont celle de l’abbaye de Westminster.

•  Avec François de La Rochefoucauld au XVIIIe  siècle, seul le Maréchal Foch a obtenu ce titre honorifique en 1919.

• Participation au financement des travaux de Montendre par le Conseil général : aménagement de l’esplanade piétonne près du château (30 % sur 23.186 euros), création d’une passerelle (30 % sur 30.220  euros). Seul le Département a participé à hauteur de 32.252 euros. Le reste de l’opération de 69.500  euros a été financé par la commune de Montendre.

• Le château de Montendre bénéficie désormais d’une passerelle qui permet d’en faire le tour. Ce lieu étant exceptionnel, il n’est pas exclu que la CDCHS puisse s’y intéresser. La ville envisage de créer une esplanade La Rochefoucauld qui réunirait le château, la rue du Temple, la rue du minage et les Halles.

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