jeudi 18 juin 2015

Thermes gallo-romains de Saintes :
Au XIXe siècle, ils appartenaient
à la famille de Jean Morand

La ville de Saintes a été une grande capitale régionale aux premiers siècles de notre ère, époque où elle s'appelait Mediolanum Santonum. De nombreux monuments l'ornaient dont le célèbre amphithéâtre, un riche oppidum (à l'emplacement de l'ancien hôpital), l'arc de Germinacus et tant d'autres constructions sont les thermes romains. 
« On ne peut pas creuser en cette ville sans trouver des témoignages du passé » soulignent les archéologues. Le musée est là pour en attester. 
Dans le récit qui suit, Jean-Pierre Laroche raconte comment il a découvert des mosaïques qu'il pensait, dans un premier temps, appartenir aux thermes. Les chercheurs ont ensuite opté pour une autre hypothèse : elles devaient décorer une église primitive postérieure à la construction gallo-romaine. 
Dans le récit de Germaine Elie, on apprend que Jules, fis de Jean Morand, propriétaire des thermes, vendit à la municipalité son musée, riche en objets mis au jour. 
Dans le cadre des journées de l'archéologie, l'historien Alain Michaud a présenté le site samedi 20 et dimanche 21 juin de 14 h 30 à 17 h 30.

• Jean-Pierre Laroche : « Mon fils Matthias est né le 5 août 1987. Pendant les neuf mois précédents, la famille a connu des évènements extraordinaires. Nous habitions une maison neuve depuis cinq ans dans un lotissement de Saintes. Il y avait au total trois chambres pour la famille : une chambre pour les parents et deux chambres partagées entre nos trois filles. L’arrivée d’un « garçon » allait bouleverser l’organisation de notre habitat… Une grande décision se prit au début du printemps 1987 : vendre la maison et en reconstruire une autre, plus grande et mieux adaptée à la nouvelle composition de la famille. Mes parents me vendirent un terrain mitoyen de leur propriété, rue des Thermes Romains à Saintes en Charente-Maritime pour la future construction. Il fallut abattre des arbres pour permettre la construction de cette nouvelle habitation. Cette opération se déroula dans la deuxième quinzaine du mois d’avril 1987. Quand le buldozer arracha une énorme souche, je vis apparaître quelque chose de surprenant. Au fond de l’excavation, j’aperçus des « petits cailloux ». M’accroupissant pour voir de plus près, je compris tout de suite qu’il s’agissait de fragments de mosaïques : des dizaines de tesselles d’au moins cinq couleurs différentes ».

• Récit de Germaine Elie, sœur de la grand-mère de Jean-Pierre Laroche ( Extrait du livre paru dans la collection "Actuelles Poétiques" intitulé « Les fouilles de mon grand-père » :
« Quand je suis née en novembre 1887, les thermes romains appartenaient à mon grand-père paternel Jean Morand. D’ailleurs la rue qui, de la rue Albin-Delage, descend aux Thermes porte son nom, car c’est lui qui en fit don à la ville de Saintes. J’avais une sœur de deux ans ma cadette, et pendant nos vacances, notre grande joie était d’aller jouer dans les Thermes que nous appelions « nos petites Arènes ». Mon père Jules, à ses moments de loisirs, faisait des fouilles. Il avait installé au fond du jardin, au 46 de la rue Albin-Delage, un petit musée que venaient visiter les membres de la Société archéologique, Arts et Monuments de la Charente Inférieure, aujourd’hui Charente-Maritime :  Charles Dangibeaud, Poireault, Xambeu, etc.
Ces messieurs arrivaient : Alors Morand, qu’avez-vous découvert depuis notre dernière visite ? Et mon père tout heureux montrait ses dernières trouvailles, ajoutées à ce qu’il possédait déjà, poteries gallo-romaines, pièces de monnaies et pierres de bagues trouvées dans des sarcophages, statuettes de bronze, amphores, statues de pierre, pierres avec inscriptions, verreries, silex taillés, objets d’arts et, sur place, une superbe route établie d’après des procédés romains. Ces messieurs partaient ravis de leur visite et en complimentant mon père.


En 1901, la ville de Saintes lui offrit de lui acheter son petit musée. Il avait déjà refusé des offres faites par la ville de La Rochelle, ne voulant pas que sa collection quitte sa bonne ville natale. Le 1er mars 1901, il vendit à la ville de Saintes, sans réserve d’aucune sorte, conformément à la liste qu’en avait dressée Charles Dangibeaud : il vendit donc son petit musée pour la somme de mille trois cents francs, payable moitié en 1901 à la livraison et l’autre moitié en 1902.


Mon grand-père mourut au début de 1903. Ses héritiers vendirent ses biens, les Thermes y compris. Ils ont été depuis classés Monuments historiques. Mes grands-parents (Jean Morand et Louise Berteau) reposent dans les Thermes, dans des sarcophages que grand-père avait fait installer lui-même. Au-dessus du caveau, il avait fait mettre la statue du Temps avec sa faux, sculptée par un jeune artiste de Saintes, Camille Arnold, habitant rue Saint-Vivien et faisant lui aussi partie de la Société archéologique ».


• Extrait de l’article du Journal Sud-ouest paru le mardi 2 juin 1987 sous le titre : Les Sanitaires de Mediolanum – D’intéressantes mosaïques gallo-romaines mises au jour dans un jardin de la rue des Thermes par Charly Grenon : 
« Aux quatre coins de notre bonne ville,…’’çà sent le romain’’…Mais on a beau le savoir, cela surprend toujours. Demandez à la famille Laroche qui habite au numéro 32 de la rue des Thermes Romains ! Afin d’édifier sur son terrain, sis au voisinage du balnéaire antique, on arracha deux arbres. Et sous leurs souches que vit-on ? De jolies mosaïques qui durent appartenir au « sanitaire » de Médiolanum Santonum. Sous la direction de Guy Vienne, responsable de l’ATOF (Atelier de traitement des objets de fouilles) qui fonctionne depuis quatre ans à Magistel, nos archéologues dégagent, avec soin le précieux assemblage. Investigations conduites dans les règles de l’art, tandis qu’observations,cotes et points de repérages sont couchés noir sur blanc…
Cette semaine des spécialistes procéderont à l’enlèvement des mosaïques ainsi dégagées. Un sauvetage qui enrichira un peu plus le patrimoine archéologique saintais, déjà considérable puisque les collections de notre musée archéologique comptent parmi les plus complètes et les plus intéressantes de l’occident gaulois. A noter de la petite histoire que celle-ci est un perpétuel recommencement : « C’est en 1887 – il y a cent ans – que Jean Morand (dont une rue proche porte le nom) découvrit dans son jardin les premiers vestiges des Thermes Romains (Jean Morand et son épouse y reposent, dans des sarcophages mérovingiens !). Un siècle plus tard par conséquent, Jean-Pierre Laroche, son arrière petit-fils, fait cette trouvaille dans son courtil. On peut penser que çà n’est pas « therminé ». Rendez-vous en 2087 pour les descendants de M et Mme Laroche ! ».

•  Article du Journal Sud-Ouest du 9 juin 1987 : Découverte d'une église primitive à Saint-Saloine ?
« Comme nous l’avons relaté tout récemment, des arbres abattus pour permettre une construction sur la propriété de M. Laroche, rue des Thermes Romains, ont permis de mettre au jour une mosaïque ancienne. L’opération de sauvetage eut lieu mercredi par la technique de l’encollage, avec le concours de spécialistes venus de Toulouse.
D’après les archéologues, il semblerait que cette mosaïque n’appartienne pas au balnéaire antique. On sait que l’Eglise Saint-Saloine fut édifiée à cet emplacement. Or, la trouvaille fortuite de ces jours derniers, paraissant remonter à la fin du IVème au début du Vème siècle, serait par conséquent postérieure à l’établissement des thermes gallo-romains et antérieure au sanctuaire de Saint-Saloine. On pense que ce pourrait être un lieu de culte du christianisme primitif, d’ailleurs fort exposé puisque situé hors les murs. Mais qui aurait, dans ces conditions, constitué le point de départ en quelque sorte, de la future paroisse de Saint-Saloins. Nos chercheurs, archéologues et historiens locaux, se prononceront sans aucun doute à ce sujet. Faisons confiance en leur compétence ».


• Article du Journal Sud-ouest de mai 1991 : Archéologie – Un puzzle de 120 000 pièces 
« Deux mois de travail ont été nécessaires à Guy Vienne et Jean-François Clisson pour restaurer et reconstituer la mosaïque du IVème siècle, immense puzzle de 120 000 pièces qui a été présentée dernièrement au public. Un énorme travail dont ses deux auteurs peuvent être fiers, aboutissement de la découverte faite en 1987, à proximité des Thermes Romains. En arrachant un arbre pour construire une maison, Jean-Pierre Laroche mettait à jour, sous les racines, des morceaux de mosaïque. Sensibilisé aux choses de l’archéologie, il prévenait la société présidée par Jean-Louis Hillairet, qui entreprenait une fouille de sauvetage et entreposait tous ces morceaux dans une réserve, après les avoir délicatement et selon une technique étudiée. Quatre années plus tard, les restaurateurs s’attelaient à la tâche, et après un stage au cours duquel ils avaient perfectionné leurs connaissances de la manière d’opérer, redonnaient « vie » à cette très belle mosaïque géométrique qui devait vraisemblablement constituer le carrelage d’une habitation. Guy Vienne et Jean-François Clisson nettoyaient une à une les 120 000 tesselles de marbre, de brique ou de calcaire qui constituent l’ensemble. « Cette mosaïque est la troisième découverte à Saintes, après celles des Petites sœurs des Pauvres et celle de l’école Emile Combes » rappelle Guy Vienne. « C’est la seule qui soit polychrome ».
D’un dessin géométrique très sophistiqué, et couvrant une surface totale de 48 m² (15m² ont pu être retrouvés et restaurés), la mosaïque a fait l’objet d’une présentation de la part de Marianne Thauré, tandis que Guy Vienne exposait les méthodes de travail à un nombreux public constitué de passionné d’histoire ».

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