vendredi 22 septembre 2017

Sentiers des arts à Mornac, un vrai bouillon de culture !

Quiconque veut faire une soupe, primitive ou automnale, trouvera un poireau céleste dans les marais de Mornac. Cette œuvre de Roland Cros s'inscrit dans le nouveau Sentier des Arts inauguré l'autre vendredi.

Le tunnel du poireau céleste !
Suivez le guide !
Mis en scène l'an dernier en bordure d'estuaire, le Sentier des Arts est une heureuse initiative de la Communauté d’Agglomération Royan Atlantique, la Communauté de Communes de la Haute-Saintonge et la Communauté de Communes de l’Estuaire qui se sont associées pour organiser un itinéraire artistique. L'objectif : le public est invité à porter un nouveau regard sur des sites exceptionnels et à s’immerger dans le monde du Land Art.

Igloo à la Tour de Beaumont (Saint Fort sur Gironde)
La première édition a rencontré un vrai succès, des œuvres étant installées au beau milieu de la nature, à découvrir à pied ou en vélo en toute sérénité dans des paysages magnifiques. Au programme 2016,  les ports de Chenac-Saint-Seurin-d’Uzet, Mortagne-sur-Gironde et son cheminement vers l’estuaire ; la Tour de Beaumont à Saint-Fort-sur-Gironde et à proximité de Saint-Romain-sur-Gironde ; Port Maubert à Saint-Fort-sur-Gironde ; le Pôle nature de Vitrezay à Saint-Sorlin-de-Conac et le parc ornithologique de Terres d’Oiseaux à Braud-et-Saint-Louis.
Cette année, les organisateurs vous donnent rendez-vous à Mornac, Chaillevette, la Tour de Beaumont, Port Maubert, Vitrezay et le Port des Callonges à Saint-Ciers sur Gironde jusqu'au 5 novembre. Soit 19 œuvres originales et éphémères créées in situ par 24 artistes.

Les élus et une partie des artistes réunis à Mornac
Trois soutiens : deux en Charente-Maritime, la Cara, la CDC de Haute Saintonge et en Gironde, la CDC de l'Estuaire
L'inauguration avait lieu à Mornac, un village hautement touristique situé entre Royan et l'Eguille, en présence de Jean-Pierre Tallieu, président de la Cara. Le responsable présenta les œuvres qui rivalisent toutes en originalité. Certaines sont d'ailleurs éclairées la nuit comme l'igloo à la Tour de Beaumont ou le poireau céleste. Claude Belot soutient cette initiative qui se parcourt par monts et par vaux. Des balades à faire en famille pour initier la jeune génération au message que délivrent ceux qu'animent la sensibilité et l'intelligence de la main ! « J'adore bâtir et je crois l'avoir montré en Haute Saintonge, mais je n'ai jamais créé. J'admire le travail de ces hommes et de ces femmes qui inventent des formes et nous les font partager. Félicitations à eux. C'est la deuxième fois que la CDCHS participe et je suis honoré d'appartenir au jury. Nous soutenons ce que certains qualifieront d'inutile mais qui à nos yeux est indispensable, c'est à dire l'expression artistique ». 

Clin d'œil à la mythologie slave
Etranges personnages de Lika Guillemot et Ludovic de Valon

Les marais de Mornac
Des paysages sauvages à découvrir
Une tonne et le fameux poireau à l'horizon
Grand bouillon de culture !
Le poireau fait de lamelles de bois savamment agencées
Les racines !
Après les allocutions, quoi de mieux qu'un petit tour dans les marais de Mornac à la recherche des créations qui, semblables à des œufs de Pâques, sont cachées là où l'on s'y attend le moins.
Carte blanche au poireau céleste, une structure faite d'un minutieux assemblage de bois qui laisse passer la lumière. A l'intérieur, on se sent comme dans un vaisseau qui s'approche effectivement de la soupe primitive recherchée par son concepteur. Un vrai bouillon de culture ! Trois œuvres de cette série pataphysique ont déjà vu le jour dans des lieux différents, références à l'immensité du cosmos et à la familiarité des légumes. Après la patate cosmique, la carotte galactique, le navet sidéral, voici le poireau céleste ! A quand les petits pois de la Voie lactée qui pourraient se caractériser par des points de lumière ! A noter que notre poireau, qui dresse ses racines, s'éclaire dans la nuit !
A voir également dans le même périmètre, entre cabanes et miroirs d'eau, les œuvres de Christian Pichard, un père qui marche avec son enfant ; les étranges personnages de Lika Guillemot et Ludovic de Valon qui s'inspirent de la figure mythologique slave de Baba Yagas ; les jeux d'enfants de Pedro Marzorati (autant de flèches plantées dans le cœur de la nature !) ; l'arche conduisant vers l'infini de Valérie et Thierry Teneul et Le sel de la vie de Patrick Demazeau dit Made. Ces trois cônes symbolisent la récolte de l'or blanc qui fit la fortune de la région dans les siècles passés.

Création de Christian Pichard
Aux arts, citoyens !
Le marais est à lui seul une œuvre d 'art !
Les fameuses cabanes !
Jeux d'enfants de Pedro Marzorati



L'arche conduisant vers l'infini de Valérie et Thierry Teneul
Le sel de la vie
A voir absolument, grande bouffée d'oxygène, belle bouffée artistique : que demander de plus ? A noter : tous les circuits sont fléchés.

Le port de Mornac à marée basse
• Le maire de Jonzac a évoqué un partenariat qui pourrait s'établir avec la CARA quant à une liaison maritime allant de Royan à Bordeaux avec escale à Vitrezay. « C'est ça la proximité, nous sommes dans le même marigot ! » dit-il à Jean-Pierre Tallieu.

© Nicole Bertin

Vallet : la crypte dédiée à Saint Babylas, du XIe siècle, est en restauration

Lors des Journées du Patrimoine, la crypte de l’église de Vallet (près de Montendre) a été l’objet de toutes les attentions. Et pour cause, les cryptes remontant au début de l’art roman ne sont pas si nombreuses dans la région (la plus célèbre étant Saint-Eutrope à Saintes) ! 


Un programme de restauration, réalisé par l’association Solidarités Jeunesses (implantée dans la maison des bateleurs à Montendre), s’est déroulé durant l’été. Encadré par Benoit Valade, il s’agissait d’enlever les badigeons et de dévoiler la structure originelle. Laquelle présentait des fissures inquiétantes en son plafond et l'un des murs (n’oublions pas qu’une partie du chœur repose sur elle). Pendant plusieurs semaines, se sont succédé des jeunes venant des quatre coins du monde, de religions différentes et finalement si proches en ce lieu qui les a réunis dans une belle fraternité. Soit quelque 80 intervenants et 600 heures d’un travail minutieux car il n’était pas question de bouleverser cet honorable lieu de pèlerinage remontant au XIe siècle.
En 2018, une nouvelle campagne de travaux lui permettra de retrouver une seconde jeunesse. Remise en état des deux voûtes en berceau, jointage, finitions.

La crypte de Vallet
Pilier à rejointer
Fragments de décoration au dessus de l'ouverture qui donnait sur l'ancien cimetière
Autre fragment dégagé lors des travaux durant l'été
L’église de Vallet, une histoire mouvementée

Sa simplicité actuelle, qui se réduit à quatre murs sobres, résulte des guerres de religion. Quelle était sa structure initiale ? On l'ignore, mais on peut toujours imaginer un clocher, des sculptures et des piliers à chapiteaux !
Il y a quelques années, lors d’une conférence, l’historien Marc Seguin a relaté « les malheurs » que connurent certaines églises du canton de Montendre au XVIe siècle… dont Vallet qui était alors une paroisse à part entière. Entre 1570 et 1580, les Saintongeais auraient subi la décennie la plus douloureuse de leur histoire depuis la Guerre de Cent ans…
Avant d’énumérer leurs malheurs, il est bon de rappeler dans quelle situation se trouve alors le pays. La Réforme, grande révolution religieuse du XVIe siècle, divise l’Europe chrétienne en deux camps distincts, les Catholiques et les Protestants. La puissante congrégation des Jésuites ne parvient pas à « contrecarrer » la percée calviniste. Cette division donne naissance à des guerres sanglantes dont l’épisode le plus connu est la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572. Aux croyances des uns et des autres, se mêlent passions et convoitises “terrestres” avec, en filigrane, le sacro-saint pouvoir.
La Saintonge n’est pas épargnée. Particularité, la sénéchaussée de Saintonge compte deux sièges, Saint-Jean d’Angely, au Nord et Saintes au Sud. En véritable capitale locale, cette dernière dispose d’un présidial et d’un sénéchal. Les affaires sont traitées au Parlement de Bordeaux qui se réunit au Palais de l’Ombrière, représentant de l’autorité. Le territoire est composé de châtellenies. Elles sont approximativement de la taille des anciens cantons, à part Ozillac et Fontaines d’Ozillac qui n’appartiennent pas à Jonzac.
Dans les zones occupées par les Protestants, la messe n’est plus célébrée depuis dix ans et les églises sont gravement endommagées.

Journées du Patrimoine 2017 : exposition dans la crypte (ici, une grille d'origine égyptienne)
Vallet malmenée par les frères La Rochefoucauld

La région de Montendre n’échappe pas aux règlements de compte. A cette époque, Vallet, dans la Châtellenie de Montendre, dépend du baron Louis de la Rochefoucauld, seigneur huguenot également propriétaire de la châtellenie de Montguyon où est rendue la haute justice. Il vit dans le château de Montendre dont subsiste la fameuse Tour carrée.
La châtellenie de Montendre réunit de 24 paroisses. Elle déborde sur "le Vitrezay" qui comprend, entre autres, Reignac, Marcillac et Donnezac, communes qui se trouvent actuellement en Gironde.
« Les fils la Rochefoucauld sont de sacrés lascars » dit-on. Ils répondent aux prénoms de Louis, François et Gaston. Aux alentours de 1562, ne doutant de rien, ils font, au nom de Dieu, main basse sur les églises du coin, en chassent les curés et s'empressent d'empocher leurs revenus. Leurs exactions sont nombreuses. Charles, par exemple, prend possession du presbytère de Chardes tandis que celui de Vallet est rasé.
La période où ils sévissent le plus se situe vers 1568, 1569. Les églises sont carrément démolies selon une méthode invariable : les assaillants détruisent d'abord la façade, puis ils remontent jusqu'au chœur. Sont ainsi pillées Reignac, Donnezac, Souméras (où existe un édifice consacré à Saint Blaise), Montendre, Corignac, Jussas, Chardes, Coux, Chartuzac, Expiremont, Pommiers, Moulons, Chaunac, Vibrac, Messac, le Pin, Chatenet (moins malmenée par rapport aux autres) et celle qui nous intéresse, Vallet.
Dans cette dernière, ne subsistent de l’architecture primitive que l'abside et la crypte.
Au Moyen âge, cette crypte était réputée pour soigner les maux de tête et les paroissiens y venaient en procession.
Victime des actes de vandalisme commis par les frères La Rochefoucauld, elle aurait été consolidée en son milieu par deux gros piliers. Cependant, une autre hypothèse est envisageable : si le plafond présentait des faiblesses dès sa construction, ces appuis devenaient nécessaires pour protéger les fidèles d’un effondrement, tout simplement.

Les voûtes en berceau vont être restaurées
Deux entrées à cette crypte, l'une extérieure (les marches d'escalier ont été rénovées)
Et l'autre intérieure (dégagée voici quelques années)
Condamnés à mort par contumace

Après la signature de l'Edit de Nantes, la liberté de culte apporte un certain apaisement dans la région. Les Catholiques du secteur de Montendre rebâtissent leurs vaisseaux spirituels et peuvent à nouveau pratiquer leur culte en toute tranquillité.
En 1565, les tensions étant moins fortes entre les deux camps, le roi Charles IX et Catherine de Médicis entreprennent un Tour de France en province. Parmi les objectifs poursuivis, ils pourront constater « de visu » si les Protestants ont restitué les églises aux prêtres. Dans la majorité des cas, les choses sont rentrées dans l'ordre, sauf à Montendre où les trois frères agissent comme au temps d’avant.
Un commissaire du Parlement, M. de Bellot, est mandaté sur les lieux. Un frère La Rochefoucauld récalcitrant est arrêté et écope d'une amende. Courageux mais pas téméraires, les deux autres préfèrent prendre la fuite. Ils sont condamnés à mort par contumace.
Lorsque les hostilités reprennent, on les voit bien sûr réapparaître jusqu'à la signature, en 1598,  du fameux Edit qui met un terme aux agitations.

Dans la région, plusieurs édifices religieux eurent la chance d'être épargnés pour des raisons diverses et variées : Rouffignac appartenait au Roi de France avec Nancras, Saujon et Champagne. Comme Chevanceaux, la paroisse de Mérignac appartenait à l'Angoumois, territoire commandé par le célèbre Duc de Montausier, cousin de Léon de Sainte-Maure qui possédait le château de Jonzac. Tugéras avait un seigneur qui rendait la haute justice (il pouvait donc prononcer une sentence de mort). Bussac et Lugéras (alors paroisse) dépendaient de l'ordre des Hospitaliers, successeurs des Templiers ; Polignac était sous l’autorité d’un avocat bordelais, protestant mais loyaliste. Quant à Sousmoulins, elle fut épargnée. On peut s'interroger à son sujet car elle ne semblait pas figurer dans la châtellenie de Montendre...

Aujourd’hui l’église de Vallet, restaurée une première fois dans sa partie haute dans le cadre des Chantiers Solidarités Jeunesses par Philippe Lalande, alors maire, est trop souvent fermée. Les offices y sont rares et les seuls rassemblements y sont les enterrements.
Les Journées du Patrimoine permettent de la valoriser par des expositions et des concerts, animations qui tiennent à cœur du nouveau maire Ludovic Poujade. Lorsque la rénovation de la crypte sera terminée, il serait intéressant de l’inscrire dans un circuit de visite encadré par l’office de tourisme de Haute Saintonge au même titre que le château de Montendre et son centre ville, les halles en particulier.

L'un des piliers de la crypte de forme circulaire alors que l'autre est carré
• Benoit Valade et Bérénice Doussin, présidente de Chantiers Solidarités Jeunesses. Une belle expérience que de réunir ces jeunes, durant quelques semaines, sur un chantier qui les a sensibilisés, quelles que soient leurs religions respectives. « En ce lieu, règne une grande sérénité » souligne Benoit Valade.


• Les objets exposés dans la crypte ont été réalisés par les membres de Chantiers Solidarités Jeunesses dont cette croix faite par un jeune homme copte.


• Extrait des Etudes Historiques de l’abbé Rainguet qui visite la crypte de Vallet au XIXe siècle : « Cette crypte a servi de sépulture aux Seigneurs de la paroisse. A gauche, se voit une petite fenêtre très étroite ouvrant sur le cimetière. Un autel conserve encore sa pierre sacrée. Au dessus de l’autel, est pratiquée une petite grotte où se voit une statuette dont la tête est brisée »…

La statue initiale citée par Rainguet a disparu. Devant, une sculpture réalisée par un membre de Solidarités Jeunesses
 • L'histoire de Saint-Babylas

Babylas, devenu évêque d'Antioche (actuellement en Turquie) vers 237, fut martyr sous l'empereur Dèce, et mourut dans les fers en 251. On le fête le 24 janvier dans l'Église latine (le 4 septembre en Orient).

Son martyre est évoqué par Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, VI, 39). Jean Chrysostome et Jérôme de Stridon ont fait son éloge. Il aurait refusé l'entrée de son église à l'empereur Philippe l'Arabe, qui résidait à Antioche au début de son règne, et l'aurait renvoyé parmi les pénitents, peut-être parce qu'il était soupçonné de l'assassinat de son prédécesseur Gordien III. Sous l'empereur Dèce, il refusa de sacrifier aux idoles et fut emprisonné sur l'ordre du gouverneur romain Victorinus. Il mourut en prison.

Fresque avec les Saints Babylas (à gauche) et Grégoire (à droite) (église de Saint-Sauveur-in-Chora)
En 351, Constantius Gallus fit bâtir une église pour abriter ses reliques en face du temple d'Apollon à Daphné. Mais en 362, l'empereur Julien, venu à Daphné pour consulter l'oracle, fit exhumer et renvoyer les reliques dans leur lieu d'origine : selon lui, elles perturbaient le fonctionnement de l'oracle (!). En riposte, des chrétiens auraient mis le feu au temple d'Apollon quelques jours plus tard. Une nouvelle église fut construite en l'honneur de saint Babylas, et l'évêque Mélèce y participa de ses propres mains. À l'époque des Croisades, les reliques de Babylas auraient été transférées à Crémone.

Reste à savoir pourquoi l'Eglise a choisi Vallet pour honorer Saint Babylas ? Un travail de recherche à effectuer, pourquoi pas ?

mercredi 20 septembre 2017

Joëlle Pinaud, infirmière libérale en milieu rural : 35000 km par an sur les routes de Charente

7 heures. Le jour se lève sur Saint-Fort sur le Né. Un matin de septembre auréolé d’une lisière de brume. Qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil brille, Joëlle Pinaud est sur le pont : dans ses mains, elle tient la longue liste des patients qui l’attendent. 23 au total. Pour certains d’entre eux, cette infirmière libérale est entrée dans leur intimité depuis des années. Les visites sont importantes puisqu’elles permettent à ceux qui ne peuvent pas se déplacer de recevoir des soins à domicile.
Premières interventions, les prises de sang qui s’effectuent à jeun. La voiture rouge s’élance sur les routes de campagne. La conductrice les connaît comme sa poche, y compris les raccourcis qui apportent un gain de temps, toujours précieux : « pas besoin de GPS » plaisante-t-elle. Respecter les horaires est important !

Les premières prises de sang
Cognaçaise d’origine, elle aime ces paysages, dressés au cordeau, qui alignent les rangs de vigne à perte de vue. Lignes droites qu’adoucissent coteaux et vallées. Ici, règne la Grande Champagne où les parcelles se vendent des fortunes. En cette période automnale, les maisons où l’on accède par un grand porche connaissent une animation particulière : la vendange a commencé. Tandis que les machines s’activent, les bennes s’emplissent de ce raisin qui entrera, par le miracle d’une alchimie sans cesse renouvelée, dans la composition du cognac. Joëlle Pinaud apprécie cet environnement : « les vignes me manquent quand je quitte la région ! ».

C’est en janvier 1977 qu’elle s’est installée à son compte après avoir travaillé à l’hôpital de Cognac en médecine cardiaque. « Initialement, je voulais devenir assistance sociale, puis j’ai bifurqué vers la faculté de droit. Mais je n’étais pas faite pour cette filière. J’ai donc opté pour l’école d’infirmières de Cognac qui existait à ce moment-là ». Ce choix, elle ne le regrette pas. Il apporte beaucoup à cette professionnelle de la santé qui allie compétence, humanisme et facilité de contact, indispensable pour établir un lien de confiance.
Ne croyez pas que les choses aient été simples au départ :  « J’ai dû constituer ma propre clientèle et même si mon mari, Jean-Paul, était établi dans la région, c’était à moi de faire mes preuves. Je me souviens de mon premier appel. Il s’agissait de l‘ancien boulanger qui, souffrant d’une bronchite, avait besoin d’une piqûre ». Depuis, l’eau a coulé et le téléphone n’est pas avare en sonnerie. Et que dire du portable « qui a changé la vie » ! Joëlle Pinaud répond automatiquement : pas question de laisser un interlocuteur sans réponse. Comme de nombreuses infirmières libérales, elle a souvent oublié sa propre famille pour répondre aux attentes des malades.

« De nombreuses personnes âgées sont seules. L’infirmière est parfois la seule visite de leur journée »

En ce mardi matin, les premiers « rendez-vous » sont à peine sortis du lit. Petit déjeuner sur la table, odeur de café flottant dans la cuisine, sourire sur les lèvres quand Joëlle Pinaud arrive. Ces maisons lui sont familières !
Elle demande des nouvelles aux uns et aux autres ainsi que les ordonnances des praticiens qui lui donneront la marche à suivre. Examens sanguins, insuline, perfusions, poches de stomie, lavement, changement des pansements même si certains ont d’autres méthodes. Un homme a été blessé à la main par son chien et son sparadrap, appliqué par le médecin, l’agace : « rien ne vaut un bon coup de cognac pour cicatriser une plaie » lance-t-il. L’infirmière s’est habituée aux coutumes et usages du terroir : ici la liqueur des dieux a des applications diverses et variées !
La réalisation des piluliers est un moment de grande attention : pour la semaine, cachets et autres gélules sont placés selon les heures de la journée, matin, midi, soir et coucher. Quelques patients sont bien « lotis » par la quantité de médicaments prescrits quotidiennement. « Je dois être très vigilante. Toutefois, une fois que je suis partie, le patient peut faire ce qu’il veut. Je vérifie quand je reviens ».

Le trajet se poursuit entre Angeac, Verrières, Salle d’Angles, Saint-Martial sur le Né, Saint-Palais, Segonzac et Saint-Fort. Après un arrêt à la pharmacie de Saint-Fort où sont laissées les prises de sang, la matinée se déroule selon un programme bien rôdé. Surprise par son arrivée, Marcelle est très heureuse de revoir Joëlle Pinaud : « ça fait au moins trois mois qu’on ne s’est pas vues ». La joie est réelle ! Son infirmière, elle l’aime et elle le dit !

Marcelle, tout sourire !
Chez Nicole, l’ancienne factrice originaire de Chadenac passionnée par le patois, c’est l’heure de la pause café. Une conversation s’engage devant la mamie qui, une fois ses soins prodigués, lit les dernières nouvelles de La Charente Libre. Voilà qu’un camion de bouteilles de gaz a explosé sur la RN 10. Il s’en passe des événements et encore le tremblement de terre au Mexique était-il à venir…

Courte pause avant de reprendre la route !
La dernière étape se trouve chez la doyenne, âgée de 96 ans. Charmante, elle a travaillé chez un grand couturier à Paris, Jacques Fath, et autres marques avant de revenir dans son berceau natal Cierzac. Un vrai plaisir que de bavarder avec celle qu’on appelait « la femme aux chapeaux » selon ses propres confidences. Elle en aurait 17…
Il est 12 h 30. Joëlle Pinaud rentre à la maison où l’attend son époux, spécialiste moto renommé (sans oublier les machines à vapeur). Maintenant retraité, c’est lui qui fait la cuisine quand sa femme travaille. La journée de cette dernière n’est pas terminée. Dans l’après-midi, elle aura à faire les transmissions à sa collègue Sylvie di Leonardo. Et en soirée, elle repartira. Attentive, elle prépare tout. Vieille habitude.

« Nous voulons seulement une revalorisation de nos compétences et des qualifications »

A cette question : « le métier a-t-il changé depuis vos débuts ? », elle acquiesce. En 1977, les cas de cancers, par exemple, étaient peu nombreux. Ils explosent aujourd’hui.
Autrefois, on appelait les infirmières « les piqueuses » car elles étaient connues pour faire les piqûres. Avec la désertification médicale, les infirmières libérales sont appelées à pratiquer de plus en plus d’actes. Au volet professionnel, s’ajoutent la proximité et la prise en compte de la dimension humaine : rapporter leurs médicaments aux personnes dépendantes, leur rendre de petits services : « De nombreuses personnes âgées sont seules. C’est une réalité. L’infirmière est parfois la seule visite qu’elles ont dans la journée ». 

Dans quelques mois, Joëlle Pinaud prendra sa retraite. Si son métier la passionne, elle estime que la jeune génération n’est pas dans une situation idéale. Dans un article paru dans la presse spécialisée, Elodie Robert, 28 ans, fait part de son malaise : « je suis écœurée du mépris et du manque de considération à l’égard des infirmières libérales. Je suis inquiète pour ma spécialisation qui tend à disparaître au profit des HAD - hospitalisations à domicile - et des SSIAD - services et soins infirmiers à domicile - qui racolent nos patients à grands coups de publicité et de contacts téléphoniques. Savez-vous que les infirmières à domicile coûtent moins cher et que les patients sont mieux remboursés ? J’exerce en milieu rural, les médecins disparaissent et les hôpitaux sont parfois bien éloignés. Nous avons choisi ce métier parce que nous l’aimons. Nous voulons seulement une revalorisation de nos compétences et des qualifications ».
Sentiment que partage Joëlle Pinaud. Point positif pour les malades dans le contexte médical actuel : les infirmières sont bien présentes sur les territoires d’Archiac, Segonzac, Gimeux et Saint-Fort sur le Né…

Eglise de Petit Niort : cette merveille n’attend plus que ses vitraux avant sa renaissance officielle en 2018

Longtemps abandonnée aux intempéries, l'église de Petit Niort, près de Mirambeau, véritable trésor architectural conjuguant roman et gothique, est en restauration. Les travaux, encadrés par Philippe Villeneuve, architecte des Monuments Historiques, sont pratiquement terminés (à l’exception de la crypte et des vitraux). L'édifice, construit à la fin du XIe siècle et dédié à Saint-Martin, est classé dans son intégralité depuis 2002.

Le célèbre claustra de Petit Niort, fenêtre de pierre ajourée
Pour les Journées du Patrimoine, dimanche 17 septembre, le public a découvert les rénovations et constaté que le claustra, l'un des rares témoignages encore visibles en France - connu de tous les étudiants en histoire de l'art - a été superbement restauré. L'intérieur de l'édifice est aujourd'hui terminé et valorisé. S'y ajoutent le portail constitué de quatre voussures reposant sur des colonnes, la façade avec ses sept archivoltes ornées, les portes et œuvres d'art (peintures, Christ en croix).



C'est avec plaisir que nous assistons à la renaissance de cette église longtemps délaissée, d'où son état de délabrement et les préoccupations qui en résultaient (à la Révolution, elle a servi de grange à fourrage). Ses « admirateurs » attendent le moment où elle ouvrira "officiellement" ses portes aux fidèles et aux amoureux du patrimoine grâce aux efforts déployés par le conseil municipal que conduit Sylvie Rodeau. « Ce chef d’œuvre n’est plus en péril » souligne Christian Favereau, maire adjoint qui montre au passage un grand tableau restauré.
Rendez-vous en 2018. Petit Niort devrait alors devenir un centre culturel (organisation de concerts, d'expositions), sans oublier sa mission première auprès des fidèles (messe pour le 15 août, cérémonies).

Les chapiteaux restaurés


Christian Favereau guide les visiteurs
Les vitraux devaient être restaurés par une entreprise qui a fait faillite. Grosse émotion de la municipalité qui a tout de même pu les récupérer. Dans les jours qui viennent, ils seront confiés aux Maîtres Verriers Rennais qui tiennent entre leurs mains les derniers éléments à restaurer avant la renaissance officielle du bel édifice.

Les vitraux partiront bientôt chez les Maîtres Verriers Rennais
• L'HISTOIRE

La façade en arc de triomphe
L'église Saint-Martin est située à Petit-Niort, ancienne commune ayant fusionné avec Mirambeau peu après la Révolution. Cette ancienne église paroissiale est une des rares du département à conserver des éléments pré-romans. Le mur nord de la nef est en effet en petit appareil, et présente la particularité d'être percé d'une petite baie en plein cintre dotée d'un claustrum, c'est-à-dire d'une fenêtre en pierre ajourée, caractéristique d'une époque où le verre était l'apanage des paroisses les plus riches.

La crypte
La crypte, assez fruste, voûtée en berceau, est également typique de ce type d'architecture. Une charte de cette époque permet de savoir que l'église est alors une dépendance de l'abbaye de Savigny, en Normandie. Partiellement reconstruite entre le XIe et le XIIe siècles, qui voit fleurir une forme particulière d'art roman appelé « roman saintongeais », elle est notamment dotée d'une façade avec portail unique à cinq voussures et à cordon double, surmonté d'une série d'arcatures et de modillons.
Des modifications importantes sont apportées à l'édifice au XVe siècle, soit qu'il ait été victime de dégâts pendant la guerre de Cent Ans (la région de Mirambeau, aux portes de la Guyenne, ayant été le théâtre d'âpres combats), soit que l'usure du temps ait imprimé trop fortement sa marque. Le chœur est modifié, et un collatéral dit « de la Vierge » est édifié au sud : il présente des baies au remplage compliqué, avec soufflets et mouchettes, caractéristique du gothique flamboyant. L'intérieur est divisé en trois vaisseaux par de grosses piles carrées. Seuls le chœur et la chapelle sud sont voûtés, le reste étant couvert d'une charpente apparente, de facture assez grossière. Elle est réduite à la fonction de grange à fourrage à la Révolution, mais recouvre sa fonction en 1815.
La cloche, en bronze, date de 1631. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis le 30 septembre 1911 au titre des objets.
L'église, dans sa globalité, est classée au titre des monuments historiques depuis le 4 juin 2002. En 2018, elle devrait réapparaître dans sa beauté originelle.


Détail du Christ en croix
La serrure monumentale de Petit Niort
© Nicole Bertin